Les débuts de l'enseignement public des filles

 avec les Abeilles de Cette.


 

Le 31 Mai 1896 une  «  félibrée en l'honneur des Abeilles de Cette » a réuni au Stand la Cettoise, selon la presse, 200 jeunes filles. Sous la présidence d'honneur de Mistral et en présence de  l'Inspecteur d'académie, M Yon et de la directrice de l'école Sévigné,Mme Olga Criscelli,  cette fête est au croisement des activités peri-scolaires de la Ligue Française de l'enseignement, œuvre de Jean Macé, et du Félibrige, représenté par son « cabiscol » sétois J-H Castelnau.
Créé en 1854 le Félibrige avait pour but le développement de la langue dite alors provençale.
 Cette journée a été par son contenu et ses participants venus de Montpellier, Marseille et  de Provence une vraie fête du Félibrige. Elle marque les contradictions qui touchent  l'enseignement du français dans une ville et une région où la langue du peuple est le patois,  c'est à dire le languedocien. Ici pas d'interdit mais au contraire, et le programme de la félibrée édité en français et occitan sans traduction le montre, intérêt pour les deux langues.  A noter que Castelnau a fait don de ses œuvres bilingues à la bibliothèque des Abeilles.

Les femmes sont fort peu nombreuses alors dans le félibrige qui ne recrute pas dans le peuple.
Mis à part Mme Criscelli, elles ne sont pas actrices de la fête. Grâce à l'association des Abeilles, les « grandes filles » ont eu accès, avant cette journée, à des conférences scientifiques.
 Les buts de l'éducation des filles étaient d'en faire des ménagères qui par leur instruction et le charme de leurs logis, empêcheraient leurs maris d'aller au café, lieu de perdition  par l'absinthe et la politique. Ainsi on verra apparaître dans le mois qui précède la félibrée,  au grand soulagement de certains, dans le programme de l'association, des cours de cuisine bourgeoise !

La directrice, une des premières institutrices des écoles publiques de Cette, obtenait à la rentrée  suivante un poste à Montpellier. Son départ et des problèmes internes au Félibrige sétois, ont coupé les
 ailes aux Abeilles.

La traduction dans la presse locale et languedocienne de leurs activités ne nous permettent  pas de connaître réellement les Abeilles, comme les reines du Félibrige, elles doivent  se contenter d'être « polidas », c'est à dire jolies. Cela ne rabaisse pas l'intérêt de ce moment dans l'éducation et la prise de responsabilité des filles. L'association était-elle pour autant féministe, la question peut se discuter de même que l'on peut se demander si une telle initiative est restée singulière.

Est-ce un hasard si dans le même temps, le 15 Mai 1896, l'annonce d'une conférence organisée  avec le concours de M. Salis, député, sur les libertés syndicales et la grève de Carmaux se termine dans les journaux par : « Les dames sont invitées ?»

©Rose BLIN-MIOCH

Cette félibrée a été évoquée dans l'ouvrage d'Alain Camélio «Armanac cetòri,
histoire du félibrige sétois », l'article ci-dessus le résumé d'une conférence de
 RBM le 9 mars 2012 à l'initiative du Cercle Occitan Setori.  Je tiens un dossier plus complet sur cette felmibrejada, me contacter.

Article paru le 27 mai 2012 dans l'Hérault du Jour